Véronique Maciejak / Parentalité-Education Positive

"La Ferme !"

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Hier soir Emma est revenue avec une punition.

Elle avait 5 lignes à copier : « Je ne dois pas dire d’insultes à ma camarade ». Emma avait dit « La Ferme ! » à l’une de ses copines de classe. Elle m’a expliqué avoir entendu cette phrase à la télévision et a jugé qu’elle se prêtait très bien à la situation.

Je n’ai pas grondé Emma pour sa punition, j’ai juste souhaité échanger avec elle sur le sujet afin de mieux comprendre ses intentions. Quant à la punition, j’ai incité Emma à la prendre du bon côté : au moins, grâce à elle, elle pourrait s’entraîner à écrire encore mieux.

Emma pensait que j’allais la priver de bonbons ou quelque chose comme ça. Je lui ai expliqué, comme je lui répète à chaque fois, que je ne crois pas aux pouvoirs des punitions qui n’ont pour finalité que de blesser l’enfant encore plus. De plus, les punitions se tournent vers le passé mais ne permettent en aucun cas d’avancer. Je préfère regarder devant moi pour trouver des solutions pour l’avenir.

J’ai donc réfléchi à cette histoire d’insultes avec Emma. J’ai essayé de lui expliquer qu’elle avait totalement le droit d’être en colère et exaspérée par sa copine mais qu’il fallait trouver une solution pour éviter de  lui dire toutes les insultes qui lui traversaient l’esprit à ce moment-là ; insultes qui ne reflétaient pas forcément la réalité et qui pouvaient surtout beaucoup peiner sa copine.

J’ai donc proposé à Emma de garder en tête toutes les injures qui lui venaient à l’esprit quand elle était en colère afin de me les répéter le soir après l’école. Je lui ai proposé d’écrire un « Cahier des méchancetés » pour répertorier toutes ses propositions de la journée. Emma a été enchanté par cette idée mais a préféré rebaptiser ce cahier :  « Le cahier des cacas » (oui, oui, la période des pipis, cacas, prout n’est toujours pas révolue chez nous).

Pendant qu’Emma prenait son bain j’ai donc listé toutes les injures qu’elle me lançait sans aucune restriction. Elle a pu me dire tout ce qu’elle voulait sans crainte d'être limitée et elle s'en est donnée à coeur joie !  J’ai pu ainsi constater que ma fille savait être très créative. Excepté quelques gros mots que je ne m’avancerais pas à vous répéter ici, ses insultes favorites furent « X est un porte manteau qui a un gros derrière qui pue » et « T’as les pieds qui sentent la mouche ». De mon côté, j’ai aussi participé à ce florilège de bons mots avec des phrases comme « Tu me gonfles »  (pas très original mais je l’aime beaucoup) ou « Gros bidon de prouts ». Chloé a tenté de participer avec nous mais je ne suis pas certaine qu’elle ait compris le principe du jeu. En effet, ses phrases furent « X est un patin à roulettes »  ou « X est un portail ».

 

En conclusion, je pense que ce « Cahier de méchancetés » (ou cahier des insultes ou cahier des cacas comme vous voudrez) est une bonne piste à suivre. Il permet à l’enfant d’y inscrire tout ce qu’il a eu envie de dire tout au long de la journée et qu’il a gardé dans un coin de sa tête. Peut-être qu’à force d’écrire ses injures (et de les  crier à haute voix à la maison pour nous) Emma finira par s’en débarrasser totalement (et moi aussi finalement !).
Je pense qu’une fois les « injures » sorties, il est important de conclure par un jeu chahut* pour se défouler AUSSI physiquement. Ainsi, la boucle est bouclée : le corps ET l’esprit se retrouvent apaisés.  Je ne l’ai pas fait avec Emma hier soir et force est de constater que ça lui a manqué. Sa journée d’école avait dû être vraiment difficile et les tensions accumulées étaient trop nombreuses. Elle a fini par faire une grosse crise de colère au moment du repas ce qui a été très désagréable pour tout le monde (j’ai fini par quitter la table avec Chloé). Avec le recul, je me dis que j’aurai pu l’éviter avec une proposition de jeu chahut. J’en prends bonne note pour la prochaine fois !

* jeu chahut : voir mon article sur le sujet dans la rubrique "Des idées positives concrètes"



14/02/2014
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