Véronique Maciejak / Parentalité-Education Positive

Le Père Noël

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Ah....Ce fameux Père Noël, il m’en aura causé des soucis !

 

Mon passé 

Quand j’étais petite je croyais au Père Noël.  

Oui mais voilà, un jour j’ai appris la vérité et ce jour-là je m’en souviens encore.

 Nous étions en décembre 1984 (je vous l’ai dit, je m’en souviens !) ; j’avais 6 ans et j’étais au CP. Ma sœur, de 3 ans mon aînée, m’a pris par la main en me disant qu’elle avait des choses « importantes » à me dire. Elle m’a emmené dans notre repère d’enfants (notre salle de jeux) et s’est assise face à moi. Je trouvais la situation très solennelle. Ma sœur m’a alors expliqué qu’il était temps pour moi de savoir que le Père Noël n’existait pas et que seuls nos parents déposaient des cadeaux au pied du sapin. Elle m’a également avoué que la petite souris n’était, elle aussi, qu’un mythe. La discussion a été très rapide, je ne crois pas avoir dit un seul mot. J’ai entendu tout ce qu’elle avait à me dire sans en saisir réellement toute la portée.

Et je dois l’avouer, au départ je ne l’ai pas cru.

Je me suis dit qu’elle me disait ça pour me faire du mal. J’avais dû l’agacer et elle trouvait ici un moyen de se venger et de me blesser.

Le soir de Noël, je me suis donc glissée dans les escaliers, caché de tous et les yeux rivés sur le sapin de Noël pour voir ce qui allait se passer. Et là ... j’ai vu mes parents.

C’était donc vrai, ma sœur ne m’avait pas menti. 

Je suis allée me recoucher un peu dépitée et ne sachant plus trop quoi penser de cette histoire.

J’étais déçue. Oui mais pourquoi ? Au fond, le Père Noël ne m’avait jamais réellement fait rêver. J’adorais Noël mais pas spécialement pour ce gros bonhomme à robe rouge. J’aimais Noël parce que je sentais de la joie dans l’air, parce qu’on achetait un sapin et que ça sentait bon dans la maison. J’aimais Noël parce qu’on se retrouvait tous en famille et que j’avais le droit de décorer le salon. J’aimais Noël parce que le 24 décembre au soir on s’habillait « chic », on mettait des bougies sur la table et le repas était « spécial ». L’attente et la découverte des cadeaux étaient également des moments très excitants. Mais finalement, c’est vrai que le Père Noël en lui-même ne m’intéressait pas spécialement. Je ne sais même pas si je lui ai jamais écrit. J’avais même peur de le voir « en vrai ».

Mais quand j’ai découvert la vérité, j’ai quand même eu un choc. Je ne saurais trop expliquer pourquoi....Je pense que j’en voulais à ma sœur de m’avoir avoué la vérité si brutalement. J’en voulais également à mes parents de ne pas avoir eu le courage de me le dire eux-mêmes.

  

Mon présent

Cette histoire était enfouie au fond de moi jusqu’à ce que je devienne maman. Au départ mon éducation était si présente que j’ai commencé à parler du Père Noël à Emma sans m’en rendre compte. Tout cela me semblait naturel. Tout le monde autour de moi en parlait. Et puis, j’ai commencé à me souvenir de mon passé avec ce mythe et là j’ai commencé à me remettre en question. Moi qui avais pris l’habitude de ne jamais mentir à mes enfants afin de leur apprendre à avoir confiance en l’autre, voilà que je prenais le parti de leur faire croire dur comme fer à un personnage imaginaire ?

Quand j’ai essayé d’en parler à mes amis, j’ai rencontré beaucoup d’oppositions. La plupart aimait ce mythe de Noël et me trouvaient cruelle de vouloir ainsi en priver ma fille. Pour eux ce n’était pas vraiment un mensonge mais plutôt une occasion de faire rêver leur enfant.

Au final, je me suis donc laissée convaincre qu’il fallait « faire comme tout le monde ».  J’ai quand même pris le parti de ne plus mentir à ma fille et de ne pas trouver de réponses extravagantes à ses problématiques. Ainsi, quand l’an passé Emma m’a demandé : « Mais comment il fait, le Père Noël, pour donner des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? », j’ai juste répondu « Qu’en penses-tu, toi ? ».

 

Où en suis-je maintenant ?

J’ai grandi, j’ai mûri et maintenant je suis pleinement consciente de mon rôle de maman. En résumé : je fais comme je le sens !

J’ai donc pris le parti de ne plus faire croire au Père Noël (ni à la Petite souris). J’ai choisi d’être cohérente avec moi-même face à l’éducation que je souhaitais  transmettre à mes enfants et aux valeurs auxquelles je tiens.

Donc, non je ne dirais plus jamais : « Le Père Noël existe ».

Pour Chloé qui a 2 ans, le problème est simple, je ne lui mens pas. Pour Emma qui a bientôt 6 ans et qui a toujours cru au Père Noël, il a fallu que je trouve comment aborder le sujet avec elle. Je l’ai fait il y a quelques jours et pour débuter la discussion, j’ai choisi de lui lire l’ouvrage de Catherine Dumonteil-Kremer « Agathe ne croit pas au Père Noël ».

Voici ce qui est ressorti de nos échanges :

Moi : « En fait, le Père Noël n’existe pas vraiment. C’est une histoire inventée pour amuser les enfants »

Emma : - (visiblement contrariée) : « Moi je trouve ça nul. C’est nul de mentir aux enfants ».

(Moi, piquée en plein coeur...) - Si les parents parlent du Père Noël c’est qu’ils pensent que cela va amuser leurs enfants, ils ne veulent pas vraiment leur mentir. Mais je suis d’accord avec toi, ce n’est peut être pas une très bonne idée de faire croire à son existence, c’est pourquoi j’ai décidé d’en parler avec toi.

- bon alors, c’est qui, qui dépose les cadeaux au pied du sapin ?

- ce sont les parents.

- oui mais c’est qui qui mange les cookies que je prépare à chaque fois ?

- à ton avis, c’est qui le plus gourmand dans notre maison ?

- euh....Chloé ?

- mais non, c’est ton papa !

 - (Emma semble amusée) ah bon, et il mange tout, il ne partage même pas avec toi ? ! Il est gonflé quand même ! Ah oui et puis c’est qui répond à nos lettres quand on écrit au Père Noël ?

 - Ce sont des gens qui habitent à Libourne et qui répondent aux enfants pour leur faire plaisir.

 - Je trouve ça quand même nul et moi je vais dire à tous mes copains que le Père Noël n’existe pas !

 Sentant qu’Emma avait besoin de prendre du recul face à toute cette histoire, je l’ai laissé mûrir sa réflexion quelques minutes avant de reprendre la parole.

 « Tu sais, ce n’est pas parce que le Père Noël n’existe pas, qu’on ne peut pas y croire si on en a envie. Si on aime cette histoire, on peut la faire vivre. Personne ne peut nous en empêcher, on fait comme on veut.

Emma (beaucoup plus détendue) - Bon ben moi j’ai quand même envie d’écrire une lettre à ces gens qui répondent à la place du Père Noël. Et puis, on continuera à faire des gâteaux ensemble et je laisserai un petit mot mais cette fois-ci je ne mettrai pas « Cher Père Noël... »  dessus mais « Papa... » ! Quant à la petite souris, je vais vous guetter !  A mon avis, vous n’arriverez jamais à mettre une pièce sous mon oreiller sans que je me réveille ! Je vous attraperai ! » (rires)

 

Ouf, tout est bien qui finit bien...

Et je me sens enfin comme ôtée d’un poids.

Cette histoire m’a également convaincue qu’en tant que parents, il ne faut pas se laisser dicter nos conduites par l’effet de groupe que peut insuffler la société.

Chaque famille, chaque enfant est unique, il n’y a pas une seule « bonne » façon d’être parent, à nous de choisir celle qui nous convient le mieux.

Il faut juste se faire confiance.

 



07/11/2013
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