Véronique Maciejak / Parentalité-Education Positive

Les colères de Chloé


A la bibliothèque

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Chloé a parfois des crises de rage ou de colère face à de réelles frustrations. Il ne s’agit pas de « caprices » (les enfants avant 5 ans ne « savent » pas en faire...) mais de véritables douleurs pour elles.

L’essentiel est de savoir écouter sa colère et surtout de l’autoriser !

La colère est saine pourvu qu’elle se libère et qu’elle soit entourée d’amour.

Chloé sait qu’elle peut faire ses crises en toute liberté car  je suis à ses côtés.

 

Il y a quelques années, les choses étaient plus difficiles pour moi avec Emma. Je n’avais pas encore parcouru tout le chemin que j'ai fait aujourd'hui. C’était impossible pour moi de supporter les colères d’Emma car je n’avais pas appris à le faire. Je voulais juste qu’elle s’arrête de crier / de pleurer car je ne le supportais pas. Je la grondais, je prenais ça pour des caprices et au final je ne l’autorisais pas à être en colère à mes côtés. Je n’avais pas encore compris que toute émotion (la colère, la tristesse..) est saine et qu’il faut l’accepter et la soutenir.

 

La dernière colère de Chloé s’est donc déroulée mercredi dernier.  Nous étions  à la bibliothèque avec Emma. Au moment de quitter les lieux, Emma appelle l’ascenseur pour descendre. Chloé se retrouve alors très contrariée de ne pas avoir pu appuyer en premier sur le bouton d’appel. Elle commence alors à s’énerver et à crier. La porte de l’ascenseur s’ouvre et devant l’empressement des gens à monter ou à descendre, je prends  l’initiative de porter Chloé à l’intérieur de l’ascenseur.  Une fois arrivées au bon étage, je peux poser Chloé à terre mais non seulement elle était folle de rage de n’avoir pas pu appuyer sur le bouton mais en plus elle était très en colère contre moi qui l’avait « forcée » à monter dans l’ascenseur.

Elle s’est alors allongée par terre  dans le hall d’entrée de la bibliothèque en hurlant de toute son âme.

Je me suis alors avancée vers elle en lui demandant si elle avait besoin de moi. Cette tentative fut vaine car  j'ai appris avec le temps que Chloé souhaite d'abord rester seule pour décharger sa colère et crier. Je me suis alors assise dans un coin avec Emma pour patienter. Emma a, elle aussi, tenté d’aller voir sa sœur mais je lui ai demandé d’arrêter. Chloé commençait à s’énerver encore plus et à avoir des gestes violents envers sa sœur.

J’ai remarqué que plus on laissait Chloé « tranquille » (tout en restant près d’elle) pour décharger sa colère, puis celle-ci était courte. A contrario, si nous essayions de discuter avec elle, nous risquions d’entraîner encore plus de violences de sa part (envers elle et envers nous) tout en augmentant le durée de "la crise". 

J’en ai alors profité pour discuter avec Emma en recherchant des solutions pour éviter ce genre de situations inconfortables pour Chloé. Emma a proposé que ce soit tout le temps moi qui appuie sur le bouton d’appel de l’ascenseur pour éviter toute jalousie. De mon côté, j’ai plutôt opté pour que les filles appuient à tour de rôle sur le bouton d’appel (l’une pour monter et l’autre pour descendre).

Pendant que nous discutions calmement avec Emma et à quelques mètres de Chloé, les gens passaient. Me voyant sûre de moi et détendue, je n’ai eu le droit à aucun commentaire désagréable.

Au bout de quelques minutes, une fois toute sa colère déchargée, Chloé s’est alors mise à pleurer (très bon signe ! ). Elle a alors relevé la tête et je me suis mise à terre tout près d’elle en lui chuchotant : « Je peux te prendre dans les bras pour un câlin maintenant ? ». Elle a acquiescé et nous avons quitté la bibliothèque toutes les trois dans le calme.

Tout en rentrant à la maison et en la câlinant, Emma et moi avons ensuite discuté avec elle sur cette grosse colère : « Dis, donc tu étais vraiment très en colère ! Ca va mieux maintenant ? Ca t’a fait du bien de crier et de pleurer ? La prochaine fois on trouvera une solution pour que tout le monde puisse appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur, d’accord ? ». Chloé a su poser des mots sur sa colère et tout s'est fini pour le mieux.

 

Ce qui m’émerveille c’est de voir à quel point Emma est calme pendant les colères de sa sœur. Elle sait qu’elles sont saines et n’en a pas peur ou ne s’énerve pas. Elle sait être présente pour accompagner sa soeur dans sa peine. Elle apprend dès maintenant à prendre soin des émotions des autres (et des siennes) et c'est un véritable don pour son devenir d'adulte.

 

 


14/01/2014
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