Véronique Maciejak / Parentalité-Education Positive

Les vols de bons points à l'école…suite


Un petit chantage contre une image ?

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Hier soir quand je suis allée chercher Emma à l’école, l’un de ses copains de classe que je connaissais m’a dit

bonjour. A peine ai-je voulu lui répondre qu’Emma a crié :

- « Ne l’écoute pas, c’est pas vrai ce qu’il dit ! » et elle s’est enfuie.

Le petit garçon, que nous nommerons Paul m’a alors raconté :

- Tu sais, je voulais te parler et j’ai demandé à Emma de t’appeler. Et tu sais ce qu’elle m’a répondu ? Elle m’a dit qu’elle voulait bien t’appeler mais uniquement si je lui donnais une image ! 

- Moi (piquée au vif ! Mince alors...Je vois que ma fille exerce du chantage sur ses petits copains d’école !) : Rho, c’est un peu coquin ça ! Ecoute, si jamais elle recommence, tu n’auras qu’à lui répondre avec un sourire que c’est une coquine ! »

 

J’avoue que sur ce coup-là, je ne savais vraiment pas quoi dire.

J’ai essayé de répondre ce qui me semblait le plus judicieux pour tout le monde et c’est le mot « coquin » qui m’est venu à l’esprit. J’ai aussi parlé avec un grand sourire et une légèreté dans le ton de la voix pour dédramatiser la situation.

 

Emma m’ayant vu discuter avec son ami mais n’ayant pas tout entendu, elle avait décidé de prendre la fuite et de partir au plus vite en patinette. Et ça ne m’a pas plu du tout ! Elle partait trop vite, trop loin...J’ai alors crié pour la stopper. En entendant mon ton impératif, elle s’est arrêtée net. Elle semblait déjà sur la défensive et ça, ça m’a encore plus agacée ! C’est quelque chose que j’ai encore dû mal à accepter à l’heure actuelle. Je ne comprends pas qu’Emma puisse être sur la défensive et prête à m’agresser verbalement alors que je n’ai rien fait de mal et rien dit. J’ai encore du travail sur moi-même pour m’apaiser dans ces situations là. Mais pour l’instant, je ne sais pas faire et j’ai donc commencé par parler à Emma d’un ton très irrité, voire limite colérique.

Le fait est là : j’étais très énervée.

J’étais énervée parce qu’elle s’enfuyait et que j’avais peur pour sa sécurité. J’étais énervée car elle m’avait obligé à courir derrière elle tout en surveillant également sa sœur. Enfin, j’étais énervée parce que m’avait raconté son copain de classe.

J’ai donc commencé par lui ré-expliquer les consignes de sécurité puis je lui ai fait part de mon échange avec son copain de classe.

Emma a alors commencé à se confier :

-« Je sais que ce n’est pas bien ce que j’ai dit mais j’ai vraiment envie d’avoir des images....Tu sais, je suis vraiment mais vraiment triste qu’on m’en ait volé.

Quand j’ai entendu ça, je me suis mise à bouillir en moi et à me dire : Mais qu’est-ce qu’elles me gonflent ces images ! Mais pourquoi instaurer un tel système ? Les enfants qui en ont trop se « vantent » auprès des autres, ceux qui n’en ont pas assez sont tristes, d’autres en volent...mais quelle ambiance dans la classe ! Quelle compétition et quelle pression pour ces élèves.. Je déteste se système !

Ne pouvant pas dire réellement ce que je pensais et en essayant de me concentrer uniquement sur les ressentis de fille, voici ce que j’ai répondu à Emma :

oui je sais que tu es triste mais penses-tu que tu chantage avec tes copains soit une bonne solution ?

- non, je sais... mais je suis vraiment triste...

A ce moment-là, je vais vous avouer, je me suis sentie vraiment mal...

Je voyais bien le désarroi de ma fille et sa tristesse m’envahissait. En même temps,  je ne savais pas comment faire pour résoudre ce conflit tout en respectant les valeurs qui m'étaient chères (coopération, respect mutuel, entraide, empathie…).

Encore une fois, je me suis dis que ces histoires de bons points/images nous compliquaient bien la vie.

Après une courte réflexion, voici donc ce que j'ai répondu à Emma : 

- tu sais, le moment le plus important avec ces images, c’est vraiment quand tu les reçois. Personne ne peut te voler ces moments qui restent ancrés dans ta tête.

- oui, je sais....

- moi aussi un jour j’ai été très triste après qu’on m’ait volé un dessin surtout que je m’étais donnée beaucoup de mal pour le faire.

- oui mais l’essentiel c’est QUAND tu l’as fait qui compte et le plaisir que cela t’a apporté.

Moi ( Yes, j’adore la répartie de ma fille !) : oui, c’est vrai mais n’empêche j’étais vraiment triste ce jour-là.

-Et raconte moi, il était comment ton dessin ?

Et me voilà, prenant un air tout enjoué afin de lui décrire comment était ce dessin. Emma m’a demandé plein de détails et semblait très intéressée.

Je lui ai ensuite retourné la question.

- Et toi, les images qu’on t’a volé, elles étaient comment ? »

 

La conversation s’est terminée sur le descriptif des images d’Emma. Nous avons ensuite poursuivi notre promenade en parlant d’autre chose.

Je ne sais pas si  cette histoire de bons points/d’images reviendra sur le tapis mais je vais essayer de poursuivre dans ma démarche : écouter sans intervenir.

C’est difficile et la situation me pèse mais je pense sincèrement que c’est ce que je peux faire de mieux actuellement.

 


04/02/2014
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